Comment définir la stratégie globale de son entreprise ?

Une stratégie globale, c'est la façon dont une entreprise décide où porter ses efforts à l'échelle de l'ensemble de ses activités : se concentrer sur un seul métier, en ajouter d'autres, tout internaliser ou confier des pans entiers à des tiers. Douze ans à la tête d'une agence m'ont appris une chose : ce choix ne se prend pas une fois pour toutes, et il coûte cher à corriger après coup.

Qu'est-ce qu'une stratégie globale d'entreprise ?

La stratégie globale, aussi appelée stratégie corporate, désigne l'ensemble des choix qui déterminent le périmètre d'activité d'une entreprise : les métiers qu'elle exerce, les marchés qu'elle vise et la façon dont elle répartit ses ressources entre eux. Elle se distingue de la stratégie de domaine, qui s'applique à chaque activité prise séparément.

Concrètement, elle répond à trois questions que tout dirigeant devrait pouvoir formuler en une phrase : que fait l'entreprise (sa mission), où veut-elle aller (sa vision) et avec quels moyens elle compte y arriver. Quand une de ces trois réponses manque, ou que les employés en donnent trois versions différentes, ce n'est pas un problème de communication interne : c'est que la stratégie globale n'a jamais vraiment été tranchée.

Des entreprises fonctionnent très bien pendant des années sans plan formalisé, tant que le marché est porteur et que les décisions coulent de source. Le jour où le marché se retourne, ou qu'un concurrent change les règles, l'absence de cadre se paie cash : plus personne ne sait quoi couper, quoi garder ni pourquoi. La stratégie globale ne sert pas à décorer un rapport annuel. Elle sert à trancher vite quand les données sont incomplètes, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le voudrait.

Qu'est-ce qu'une stratégie globale d'entreprise ?

Quels sont les 4 types de stratégie globale ?

Il existe quatre grandes stratégies globales : la spécialisation, la diversification, l'intégration et l'externalisation. Aucune n'est supérieure aux autres dans l'absolu : le bon choix dépend des ressources disponibles, du secteur et de l'appétit au risque du dirigeant, pas d'une mode managériale du moment.

La spécialisation

L'entreprise concentre toutes ses ressources sur un seul métier. C'est la voie la plus rapide pour construire une expertise reconnue et des marges correctes, parce qu'on ne dilue rien. À l'époque de l'agence, nous avions fait ce choix : refuser les projets d'impression, de stands ou d'événementiel pour ne garder que le web et le référencement. Le revers, c'est la rigidité : si la demande sur ce métier se tasse, il n'y a pas de plan B interne. Un an ou deux suffisent parfois pour qu'une spécialisation devienne un piège plutôt qu'un atout.

La diversification

L'entreprise se développe sur plusieurs activités, liées entre elles (diversification concentrique, quand le nouveau métier s'appuie sur les compétences existantes) ou non (diversification conglomérale). L'avantage, c'est la répartition du risque : si un métier ralentit, un autre peut compenser. L'inconvénient, c'est le coût : chaque nouvelle activité demande son propre apprentissage, ses propres recrutements, sa propre trésorerie de démarrage.

Faites le calcul sur votre propre grille tarifaire avant de vous lancer : une activité annexe met rarement moins de douze à dix-huit mois avant de couvrir ses propres coûts fixes, le temps de recruter les bonnes compétences et de trouver les premiers clients. Beaucoup de dirigeants budgètent cette phase sur trois ou quatre mois, ce qui explique une bonne partie des diversifications abandonnées trop tôt, avant d'avoir eu le temps de faire leurs preuves.

L'intégration

L'entreprise internalise des étapes qu'elle confiait auparavant à des prestataires, en amont (achats, production) ou en aval (distribution, service après-vente). Elle gagne en contrôle et réduit certains coûts de marge intermédiaire, mais elle immobilise du capital et de l'énergie de management sur des activités qui ne sont pas son cœur de métier.

J'ai moi-même signé l'abonnement d'un outil censé nous permettre d'internaliser tout le pilotage de nos plus gros comptes, plutôt que de continuer à passer par un chef de projet freelance. Personne dans l'équipe ne l'a vraiment adopté, et la facture a couru huit mois avant que je m'en aperçoive. L'intégration, sur le papier, se décide en comité de direction. Dans les faits, elle se joue à l'usage, et un outil ou un poste interne qui ne s'intègre pas dans les habitudes de l'équipe coûte plus cher qu'il ne rapporte.

L'externalisation

À l'inverse, l'entreprise confie des activités à des prestataires externes : sous-traitance de production, franchise, externalisation de fonctions support comme la comptabilité ou la paie. Le gain de flexibilité est réel, et les coûts sont plus lisibles puisqu'ils sont facturés à l'acte. Le risque, c'est la dépendance : si le prestataire disparaît ou change ses conditions, l'activité externalisée peut se retrouver bloquée du jour au lendemain, sans savoir-faire interne pour prendre le relais.

Les trois niveaux de stratégie, pour ne pas tout mélanger

Beaucoup de dirigeants parlent de « stratégie » sans préciser à quel niveau ils se situent, ce qui brouille les décisions en comité. Trois niveaux se distinguent, et chacun répond à une question différente.

La stratégie corporate, ou globale, fixe le périmètre d'ensemble de l'entreprise et l'allocation des ressources entre les domaines d'activité : où investir, où désinvestir. La stratégie de domaine, ou business strategy, se joue à l'intérieur de chaque activité prise séparément : comment gagner face à la concurrence sur ce marché précis, par les coûts, par la différenciation ou en se concentrant sur une niche. La stratégie fonctionnelle, enfin, concerne chaque service (commercial, production, ressources humaines) et traduit les deux niveaux précédents en décisions opérationnelles.

Une bonne stratégie fonctionnelle ne rattrape jamais une stratégie globale mal posée : elle en hérite les contradictions. Un service commercial recevra des objectifs incohérents tant que la direction n'aura pas tranché, au niveau global, entre spécialisation et diversification.

Les trois niveaux de stratégie, pour ne pas tout mélanger

Comment construire sa stratégie globale, étape par étape

    1. Faire un diagnostic honnête de l'existant : ressources, compétences, position réelle sur chaque marché, pas seulement celle qu'on aimerait avoir.
    2. Fixer un nombre limité d'objectifs, datés et mesurables, plutôt qu'une liste de bonnes intentions.
    3. Choisir le type de stratégie globale le plus cohérent avec les ressources réelles, pas avec celles qu'on espère lever dans six mois.
    4. Écrire un plan d'action avec des responsables nommés et des échéances, même approximatives : un plan sans nom de responsable ne se déclenche jamais.
    5. Suivre l'exécution à intervalle régulier, un trimestre semble un bon rythme pour une PME, et ajuster sans attendre la revue annuelle.

Un diagnostic sérieux prend rarement moins d'une à deux semaines de travail effectif pour une PME, même en s'y consacrant à temps partiel. En dessous, on obtient surtout une confirmation de ce qu'on pensait déjà.

Qui doit porter la stratégie globale dans une PME ?

Le dirigeant, en dernier ressort, parce que lui seul arbitre entre les activités. Mais la construire seul dans son bureau est une erreur classique : associer le comité de direction ou, à défaut, deux ou trois collaborateurs de terrain évite les angles morts et facilite ensuite l'adhésion des équipes.

La meilleure façon de tester une stratégie globale n'est pas de la relire sur un joli support de présentation, c'est de demander à trois salariés impliqués dans des projets différents pourquoi l'entreprise fait ce qu'elle fait. S'ils donnent trois réponses qui ne se recoupent pas, la stratégie n'est pas encore assez claire pour guider les décisions du quotidien, et c'est là qu'il faut retourner avant d'aller plus loin.

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